L'Homme invisible

James Whale - Etats-Unis - 1933 - vost - 71' - Noir et Blanc - Numérique

Jack Griffin, un scientifique, a trouvé le moyen de devenir invisible. Soucieux de trouver la formule qui lui permettra un retour à la normale avant d'annoncer sa découverte, il s'enroule le visage de bandeaux et se retire dans l'auberge d'un village isolé. Son aspect étrange ainsi que son comportement attirent la curiosité des gens et l'empêchent de travailler. Agacé, Griffin cherche à effrayer les villageois et se sert de son pouvoir à des fins de plus en plus malintentionnées...

Critique

Mécontent de certaines adaptations cinématographiques de ses livres, H.G. Wells vend les droits de son Homme invisible à Carl Laemmle Jr à l’unique condition que son oeuvre soit respectée scrupuleusement. Alors en pleine période de gloire suite au triomphe de Frankenstein (1931), le cinéaste britannique James Whale est chargé de cette mission délicate. Avec un indéniable talent de conteur, il renforce toutefois le côté malfaisant du personnage principal en en faisant un savant fou rongé par son mal. Bien plus intéressant que dans le roman d’origine, le docteur Griffin découvre tout au long du métrage les innombrables possibilités qu’offre le pouvoir d’invisibilité. Alors que Wells le transformait en révolutionnaire prônant l’anarchie (orientation socialiste qui correspondait parfaitement aux idées de l’auteur), Whale le dote d’une folie qui le prédispose à faire le mal. Sans doute influencé en cela par les pontes du studio Universal qui cherchent absolument à créer l’événement avec un nouveau film horrifique, le cinéaste développe la thématique du pouvoir absolu : est-ce qu’un homme tout-puissant continuera à respecter des valeurs morales ou se laissera t’il emporter par ses bas instincts ? James Whale penche pour la seconde hypothèse, bien plus corrosive et dérangeante.
A l’aide d’effets spéciaux toujours aussi impressionnants de John Fulton, le metteur en scène déploie tout son savoir-faire avec une maestria qui laisse pantois : les mouvements d’appareils sont d’une extrême fluidité et permettent de souligner chaque état d’âme d’un homme dont on ne verra pourtant les traits qu’au dernier plan. En cela, la prestation très ingrate de Claude Rains est remarquable. Recouvert d’un bandeau ou invisible, il fait montre d’une formidable présence rien que par la magie de sa voix, fascinante. Le réalisateur n’oublie toutefois pas d’assurer le spectacle avec des pointes d’humour bienvenues et une critique sous-jacente de la bonne société, toujours prête à rejeter les individus marginaux. Inégalée jusqu’à ce jour - on oubliera bien vite le Hollow man de Paul Verhoeven et encore plus les pitoyables Aventures d’un homme invisible de John Carpenter - , cette version reste une référence dans l’oeuvre de James Whale et dans les annales du film fantastique.

Virgile Dumez

Projeté dans le cadre de

Du 30 Janvier 2017 au 14 février 2017
Le mal est une des stars du cinéma.
Du 1 Juillet 2021 au 24 Août 2021
Les classiques d'hier et d'aujourd'hui
Comme l'année dernière, les Cinémas du Grütli proposent une programmation riche et éclectique, qui fait dialoguer films récents, grands succès de l'année écoulée, et œuvres incontournables de l'histoire du Cinéma. Nous invitons le public au jeu de l'association de l'émule et du modèle...