Hors jeu

Jafar Panahi - Iran - 2006 - vost - 88'

Pour tourner son cinquième long métrage, Jafar Panahi a prétexté aux autorités iraniennes qu’il réalisait un documentaire sur le match de qualification de l’Iran contre le Bahreïn pour la coupe du monde de football. Le cinéaste a en effet tourné Hors jeu pendant les événements, conférant ainsi une précieuse dimension historiciste au scénario initial. La prégnance du réel est déjà à l’origine du film : Panahi s’est inspiré d’une histoire qui est arrivée à sa fille, férue de football. « Le football est pour moi un prétexte pour parler de toutes les limites imposées aux femmes. » confiait-il. De fait, c’est d’une disqualification dont le film parle : celle des femmes, refoulées du stade en raison d’une interdiction gouvernementale. Elles sont alors amenées à ruser pour accomplir leurs désirs. Comme dans Le Cercle, c’est à leurs côtés que la caméra de Panahi se place, leur laissant également le pouvoir d’inventer l’événement central, relégué en hors-champ.

Critique

Du match, on ne verra donc rien, mais on en ressentira pourtant, à travers [les personnages féminins], les plus belles vibrations. Car ce qui rend cette rencontre forte et émouvante – bien au-delà de toute considération sportive – c’est qu’elle révèle la pugnacité du désir de ces jeunes femmes, prêtes à braver les interdits pour soutenir leur équipe.[…] Intégrant les limites imposées par la société iranienne, le film, malicieux, fait de ce terrain pourtant bloqué et exigu un espace de parole, de vie, de confrontation particulièrement exaltant et révélateur des contradictions du pays. L’un de ses beaux exploits est de ne jamais réduire les deux sexes opposés à des schémas, mais de donner une véritable épaisseur et une identité à chacun des protagonistes. Le collectif ne tue pas l’individu, qu’on soit d’un côté ou de l’autre de la barrière.[…] À l’issue du match, une équipe est née, hors-jeu mais pas du tout hors sujet.

Amélie Dubois, Les Inrockuptibles, 5 décembre 2006

Projeté dans le cadre de

Du 30 Novembre 2016 au 13 Décembre 2016
Un cinéma de la liberté
La carrière du grand cinéaste iranien Jafar Panahi a pris un tournant étrange quand, en 2011 - il a alors 50 ans -, il a été condamné par le pouvoir iranien à ne plus filmer.