Out 1 : Noli me tangere

Jacques Rivette - France - 1971 - vf - 775' - Couleurs

Paris, 13 avril 1970. Deux troupes de théâtre d’avant-garde répètent chacune une pièce d’Eschyle. Un jeune sourd-muet fait la manche dans les cafés en jouant de l’harmonica. Une jeune femme séduit des hommes pour leur soutirer de l’argent. Alors qu’une conspiration se dessine, des liens se tissent entre les différents protagonistes... 

Critique

Avec Out1, Rivette voulait porter au plus loin l’expérimentation commencée avec L’Amour fou (1967), son film précédent. Jeter au feu toutes les règles de narration, de production. Faire un film entièrement improvisé, y compris par les techniciens, s’en remettre au hasard, à l’imprévu. Lancer quelques idées aux acteurs, des points de départ, à charge pour eux de les développer comme bon leur semble, trouver les cheminements secrets qui permettront à leurs personnages de se rencontrer pour écrire leur histoire, troquer le statut de maître de marionnettes pour celui d’alchimiste aiguilleur. Out1 est une expérience de la durée, née, comme l’a rappelé entre deux séances Bernard Eisenschitz, critique, historien et encyclopédie vivante du cinéma, de questions qui animaient les critiques des Cahiers du cinéma à l’époque - sur la narration, sur la durée, et plus spécifiquement sur le travail de Jean Rouch qui fabriquait, avec les moyens du cinéma direct, de la fiction pure. Rivette voulait faire un serial, à la manière des Vampires de Louis Feuillade. Il y avait aussi en tête L’Histoire des Treize, de Balzac. Aucun des acteurs ne l’aurait lu. Mais la liberté « jamais égalée », dont ils parlent tous, innerve leur présence d’une vibration magique, que Juliet Berto, dans un rôle de pie voleuse facétieuse, charnelle, androgyne, enfantine, lutine, porte à un point d’incandescence stupéfiant.

Isabelle Regnier, Le Monde