Ai Weiwei: Never sorry (débat)

Alison Klayman - Etats-Unis - 2012 - vost - 91'

On ne présente plus Ai Weiwei. Symbole mondial de l’artiste bâillonné, ce plasticien, blogueur, est aujourd’hui la figure majeure de la dissidence chinoise. De Londres à New-York en passant par Munich ou Paris, les principaux musées s’arrachent ses œuvres, voyant en elles des incarnations de cet art engagé, constamment rebelle, et qui – à force de provocation – parvient à ébranler le Géant chinois. 

Il faut dire que tout est grand chez Ai Weiwei. Sa personnalité, le nombre de followers qui suivent ses tweets, sans parler des projets qu’il empoigne comme celui de la réalisation du stade olympique de Pékin. Lorsqu’il est arrêté en 2011, Hillary Clinton en personne monte aux barricades. C’est cette démesure que reflète en profondeur Alison Klayman. Dans Ai Weiwei : Never Sorry (Prix Spécial du Jury à Sundance), la jeune réalisatrice américaine suit l’artiste avant et après son arrestation, laquelle mobilisa l’opinion internationale durant 81 jours. Un portrait fascinant, qui montre de l’intérieur les mécanismes de la provocation. Le documentaire donne sa version de l’histoire de la dissidence chinoise, dominée par les artistes et mettant l’accent sur la dimension artistique de la rébellion contre l’ordre établi. Des prisonniers de la cinglante révolution culturelle sous Mao, jusqu’aux victimes contestataires d’aujourd’hui, tous auront été rebelles et pourchassés, mais tous maîtrisent de façon magistrale l’art de communiquer. 

 

Débat après le film: 

CHINE: HARO SUR LES RESISTANTS

Co-présenté par Le Temps, Humam Rights Watch, en présence de la réalisatrice

Au printemps 1989, en lâchant son armée sur les manifestants de Tiananmen, Pékin brisait tout espoir révolutionnaire sur l'Empire du milieu. Plus de 2 décennies plus tard, la Chine - 1,3 milliards d'habitants - est devenue la principale puissance économique de notre siècle. De ce «miracle chinois» - un capitalisme d'Etat au libéralisme social le plus sauvage - les exclus se comptent par centaines de millions.

Politiquement, un autoritarisme absolu écrase ceux qui osent emprunter la voie de la contestation. Prix Nobel de la paix 2010, l'écrivain Liu Xiaobo purge 11 ans de prison pour avoir écrit la Charte 08 réclamant la démocratie. Ce festival lui est dédié. Autre figure osant défier le régime par la seule force de l'art, Ai Weiwei, détenu trois mois en 2011, subit des tracasseries quotidiennes. Invité à se joindre au jury 2013 du FIFDH, il y participera à distance: son passeport lui a été confisqué.

Face à cette répression de fer, les résistants, loin de déclarer forfait, se déploient au sein de mouvements atomisés, jouant avec les lignes rouges à ne pas franchir: des artistes se produisent sur la place publique, disparaissant à l'arrivée de la police. Les internautes contournent la censure en créant leurs propres canaux de transmission. De plus en plus d'individus se mobilisent pour des droits civiques ciblés: lutte contre les avortements forcés, contre les expropriations ou la stigmatisation des sidéens. L'action des avocats s'inscrit dans cette mouvance, s'appuyant sur les juridictions existantes pour amener des changements.

Le grand écart entre libéralisme économique et rigidité politique pourra-t-il résister à la demande grandissante des Chinois pour plus de démocratie? Le nouveau numéro un Xi Jinping sera-t-il l'homme de la réforme politique vers plus de libertés en Chine ?

Carole Vann

IntervenantsAi Weiwei | Chang Ping | Dam Philippe | Koller Frédéric | Liu Xiaoyuan | Liu Yanping | Liumang Yan

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