Au nom du père

Jim Sheridan - Irlande, Grande-Bretagne - 1993 - vost - 135' - Couleurs - 35mm

En 1975, Gerry Conlon, jeune délinquant originaire de Belfast, est arrêté par la police londonienne qui l'accuse d'être l'instigateur des attentats terroristes à Guildford pour le compte de l'IRA. Sous la pression des policiers, Gerry signe des aveux fabriqués de toutes pièces qui non seulement le mettent en cause mais également des amis et des membres de sa propre famille, dont son père…

Critique

Basé sur l’histoire vraie de The Guilford four, librement adapté de l’autobiographie de Gerry Conlon, Proved Innocent (1990), ce film militant du réalisateur Jim Sheridan (My left foot, In America) sera très mal accueilli par la presse anglaise qui lui reprochera d’être un brûlot «anti-anglais» et «pro-IRA».  

Jim Sheridan s’en défendra dans un entretien accordé au Los Angeles Times en 1994 : « J’espère qu’un des points du film est évident pour les spectateurs anglais : une des grandes tragédies des bombes de l’IRA est d’avoir permis aux Anglais d’infliger de tels dommages à leur système judiciaire. Et je ne pense pas que c’est anti-anglais de ma part de mettre ça en avant. Les Irlandais, de Swift à Shaw en passant par Oscar Wilde, ont toujours été ceux qui ont permis aux Anglais de se regarder dans le miroir et d’affronter leurs travers». 

Tout en admettant qu’il tenait à laver de tout soupçon le nom de Giuseppe Conlon, père de Gerry, Jim Sheridan insiste également sur l’autre sujet central de son film qui est l’histoire d’un père et d’un fils que tout opposait avant de devoir faire face à la machine étatique qui bouleversera leur vie.

Au nom du père, en dépit des thèmes sensibles que sont l’injustice et la complexité de l’amour filial, parvient à éviter le pathos ainsi qu’un trop grand manichéisme. Ce film bénéficie d’un rythme soutenu qui réussit à nous tenir en haleine pendant deux heures, d’une très bonne bande-son (U2 et Sinead O’Connor) et surtout de la grande qualité d’interprétation de ses trois acteurs principaux, Daniel Day-Lewis (My left foot, Lincoln, There will be blood), Pete Postlethwaite (Usual suspects, Inception) et Emma Thompson (Howards End, The remains of the day).

Cette chronique d’une terrible erreur judiciaire est une critique virulente du fonctionnement de la justice britannique lors des vagues d’attentats de l’IRA provisoire dans les années 70. Mais au-delà du simple rappel d’un évènement historique, ce film a le mérite de souligner la fragilité des libertés individuelles face aux menaces terroristes, et ce même dans une démocratie de longue date.

Les questions qu’il soulève sont plus que jamais d’actualité : alors que l’Europe traverse une période d’insécurité majeure et que la nécessité d’état d’urgence et son cortège de lois d’exception sont au centre des débats, il m’a semblé important de pouvoir revoir Au nom du père.  Il a le pouvoir de nous rendre attentifs aux conséquences des dérapages que peuvent commettre les gouvernements, qu’il s’agisse de démocratures ou de démocraties.

Chantal Berthoud

Projeté dans le cadre de

9 Novembre 2017
Au nom du père
Tous les cinéphiles ont des « films de leur vie » comme on a « des livres de chevet », des films qu’ils aiment par-dessus tout, sans que ce soient forcément des chefs-d’oeuvre qui resteront dans l’histoire du cinéma.