Titicut follies

Frederick Wiseman - USA - 1967 - vost - 80' - Noir et Blanc - Numérique

Bridgewater (Massachusetts), 1967. Frederick Wiseman tourne Titicut Follies, son premier film, dans une prison d’État psychiatrique et atteste de la façon dont les détenus sont traités par les gardiens, les assistants sociaux et les médecins à l’époque. Ce qu’il révèle a valu au film d’être interdit de projections publiques aux États-Unis pendant plus de 20 ans. Témoin discret et vigilant des institutions, Frederick Wiseman pose, avec Titicut Follies, les bases de ce qui fait son cinéma depuis 50 ans.

La séance du 14 novembre à 21h00 sera précédé d'un café cinéma offert par l'Association des Amis dès 20h, et sera présentée et suivie d'une discussion avec Edouard Waintrop, qui reviendra sur la carrière de ce grand documentariste. 

Critique

Frederick Wiseman tourne son premier film en 1966. Il n’est pas encore l’un des meilleurs documentaristes de l’histoire du cinéma. Il avait été professeur de droit à Boston et à Harvard : il demande et obtient l’autorisation de filmer dans la prison psychiatrique de Bridgewater, Massachusetts, visitée plusieurs fois avec ses étudiants. Titicut Follies, il le dit lui-même, est une comédie musicale. Son titre, qui combine le toponyme indien de la rue où s’élève l’hôpital pénitentiaire, et le double sens de ces «Follies» empruntées aux divertissements de Broadway, est aussi celui de la revue chantée et dansée du show annuel de Bridgewater, dont le personnel et les malades partagent l’affiche. Le film débute et se clôt sur ce spectacle, et enregistre entre-temps les nombreux fredonnements des couloirs de l’asile, sur la scène d’un documentaire où les choses se montrent d’elles-mêmes, se présentant au libre regard qui les capte. Révélant les conditions de vie humiliantes des fous enfermés dans une prison d’Etat, le film est aussitôt interdit. De sa pratique précédente, Wiseman garde la précision du juridique, dans le sens le plus créatif ou anarchiste de cette discipline : le droit vivant est une écriture codifiée du réel autant qu’une voie ouverte vers sa libération (les droits, au pluriel), définition qui est aussi celle du cinéma. Comment en même temps fixer l’architecture - matérielle, conceptuelle, humaine - d’une institution, et faire exister ceux qui la composent, la maintiennent ou la subissent, d’un regard qui les protège un par un ? Le plus sec des plus beaux films jamais réalisés est la formulation en acte de cette question, et de bien d’autres qui nous concernent - sans que la folie y soit jamais donnée en spectacle comme métaphore de quoi que ce soit.

Luc Chessel, Libération

Projeté dans le cadre de

Du 7 Novembre 2017 au 17 Novembre 2017
Le maître du documentaire
Frederick Wiseman, un des plus grands documentaristes vivants, est né en 1930 à Boston… Il commence dans la vie par de brillantes études de droit et devient professeur, à Brandeis University, à Harvard. Et puis il produit un film de Shirley Clarke et sa vie change.