2 Automnes 3 hivers

Sébastien Betbeder - France - 2013 - vf - 91'

A 33 ans, Arman a décidé de changer de vie. Pour commencer il court. C’est un bon début. Amélie poursuit la sienne (de vie) et court, elle aussi. La première rencontre est un choc. La seconde sera un coup de couteau en plein cœur.

Critique

«2 Automnes, 3 hivers» : Arman, 33 ans, l’âge du pitre 

Il y a mille manières de raconter une histoire. C’est le sujet de La Salamandre d’Alain Tanner (1971), où deux amis s’attaquaient à un même fait divers, le premier pour l’aborder d’un point de vue documentaire, le second pour en faire une fiction. C’est l’objet du Monde vivant d’Eugène Green (2003), où les personnages déclamaient leurs dialogues dans un français châtié. C’est aussi celui de Funny People (2009), film charnière dans l’œuvre de Judd Apatow où la comédie se teinte d’une profonde mélancolie.

2 Automnes, 3 hivers cite explicitement ces trois films et toutes sortes d’autres échantillons plus ou moins trafiqués (de films, de musique, d’œuvres d’art...). Imaginé à partir d’une série de monologues que Sébastien Betbeder écrivait sans savoir ce qu’il allait en faire, le film alterne des séquences de récit face à la caméra avec d’autres qui représentent l’action en cours.

Il s’ouvre sur un plan découvrant, vautré sur son lit, au réveil, un trentenaire en tee-shirt (Vincent Macaigne) qu’une voix off présente ainsi : Arman vit à Paris, il a 33 ans, son métier est tellement peu intéressant qu’on ne va pas en parler. C’est la voix de son ami Benjamin, qui présente ensuite Amélie (Maud Wyler), dont Vincent doit faire la connaissance aux Buttes Chaumont et qu’il aura plus tard l’occasion de sauver d’un guet-apens. Cela lui vaudra de recevoir un coup de couteau dans le ventre mais surtout de séduire Amélie. Peu de temps après, Benjamin est victime d’un AVC. 

Une légéreté délicieuse 

Réalisé avec un budget de court-métrage, 2 Automnes, 3 hivers glisse en permanence, avec une légèreté délicieuse et une rapidité essoufflée, d’un tableau à l’autre. Le cinéaste joue du contraste entre la présence frontale de ses acteurs récitant pour la caméra et un récit tout en variations de tons et de couleurs, très drôle de bout en bout, mais progressivement gagné par l’inquiétude.

Malgré sa fantaisie poétique, ce film discret et charmant s’inscrit de plain-pied dans la réalité contemporaine, et la précarité des corps fait écho à celle des individus dans la société. Lorsque Benjamin se réveille à l’hôpital (dans le chapitre «Sarkozy n’existe pas»), il a oublié que Nicolas Sarkozy a été président de la République, et la nouvelle le stupéfie littéralement. Il y a d’autres manières de parler de politique. Celle-ci n’est pas la moins piquante.

Isabelle Regnier, Le Monde

 

«2 Automnes, 3 hivers», le temps de l’amour avec Vincent Macaigne

(...) Les deux amis, éternelles figures d’adolescents attardés, sont aussi drôles et désarmants qu’attachants. Mais la force du film tient à ce que, pour une fois, la figure de la jeune fille n’est pas sacrifiée au seul imaginaire du héros : les personnages d’Amélie et de Katia existent pleinement, dans leurs contradictions. La peur de l’engagement n’est pas un trait spécifiquement masculin… Amélie (Maud Wyler) nous fait ressentir la mélancolie de la trentaine, avec ses questionnements lancinants et son vague à l’âme.

Une comédie sentimentale charmante et spirituelle, avec ses bouffées romanesques et ses chutes de pression. À ne pas manquer! 

Olivia Leboyer, toutelaculture.com