A la merveille

Terrence Malick - Etats-Unis - 2013 - vost - 112'

Même s’ils se sont connus sur le tard, la passion qu’ont vécue Neil et Marina à la Merveille - Le Mont-Saint-Michel - efface les années perdues. Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana. 
Désormais, le couple est installé dans l’Oklahoma…

Critique

(...) Terrence Malick a gardé cette mise en scène à fleur de peau, à la fois distante et caressante, à base de travellings incessants et constamment interrompus, de panoramiques magiques, comme en apesanteur. 

(...) Seules les brisures semblent — pour un temps ? — le passionner : brisures de scènes, d’actions, de personnages, de sensations. Comme si la vie n’était plus qu’un songe, le reflet d’un au-delà invisible qui, lui, serait vrai. D’où cet Américain solide, rassurant, viril qu’interprète parfaitement Ben Affleck, héritier des acteurs impavides d’hier, Robert Taylor ou Rock Hudson. Et son double inversé : cette Européenne exaltée et dansotante (Olga Kurylenko) dont il s’éprend et qu’il entraîne au fond de son ennui. Elle le quitte par insatisfaction. Il la reprend par devoir, lui sacrifiant, alors, une amie d’enfance (Rachel McAdams), la seule, sans doute, à pouvoir le rendre heureux.

Ces deux-là semblent constamment en partance. Installés dans des lieux encombrés de cartons jamais défaits, où les rares meubles servent d’armes pour des luttes sans fin. Elle et lui n’existent, en fait, que pour se défaire au contact de l’autre. Comme le prêtre de cette bourgade américaine (Javier Bardem) qui, lui, se défait devant le silence de Dieu. Ce sont à peine des personnages, d’ailleurs, rien que des silhouettes fragiles, émouvantes, mais totalement dépourvues de la grâce qui leur permettrait d’exister. Ce sont des esquisses d’êtres, en somme, que Terrence Malick contemple avec une indulgence lucide et vaguement navrée. Toutes ces solitudes en souffrance, en quête de celui qui pourrait les compléter ou les dépasser évoquent irrésistiblement Ingmar Bergman. Mais un Bergman sans haine ni colère, résigné, en quelque sorte, à voir ses créatures errer sans espoir vers un salut qui se dérobe. Mais, dans ce film presque totalement désespéré — et totalement expérimental — surgissent, éparses, de brèves fulgurances esthétiques : l’apparition, dans un de ces grands espaces que le cinéaste continue d’exalter, d’une femme en robe rouge dans un champ embrasé par le soleil couchant.

Pierre Murat, Télérama