Amarcord

Federico Fellini - Italie - 1974 - vost - 127' - Couleurs - 35mm

Dans un bourg italien près de la mer, à l'heure du fascisme triomphant, les enfants trainassent, cherchant des victimes pour leurs blagues innocentes. L'un d'eux va connaître, en l'espace d'une année, une série d'expériences tour à tour drôles, savoureuses et poignantes.

Critique

« Le sujet d’Amarcord – disait Pascal Bonitzer – c’est la jouissance. Mais l’inscrivant dans la fiction d’une mémoire, [Fellini] l’historicise, il la date » (« Mémoire de l’œil (Amarcord) », in Cahiers du cinéma, n°251-252). Le film engage une réflexion sur la réactualisation d’un passé qui se désagrège inéluctablement. Aussi, Fellini ne délivre-t-il pas une reconstitution historique rigoureuse. Il préfère abattre les barrières de l’histoire, pour rapprocher le passé du présent de la narration. Pour Fellini, l’acte de remémoration vise à établir une continuité temporelle plutôt qu’une césure historique. Dans la salle de classe, c’est tout juste si on retrouve le portrait de Mussolini accroché au mur. C’est l’idée que soulignent les critiques de l’époque. Pour Jean-Louis Bory : « L’histoire, que la mémoire fellinienne ne peut ni ne veut ignorer, s’écarte de tout réalisme historique (comme elle s’en éloignait dans le Satyricon), pour devenir cette confidence vivante mais sarcastique et désabusée » (« La grotte aux trésors de Federico le Grand », in Le Nouvel Observateur, n°495). 

La représentation du fascisme évoque, pour Fellini, le comportement grégaire de la nation, de l’époque de Mussolini jusqu’aux années 1970 : « Nous avons tendance à rester d’éternelles enfants, à nous décharger de nos responsabilités sur les autres, à vivre avec la confortable sensation qu’il y a quelqu’un qui pense pour nous ; tantôt c’est la mamma, tantôt le père, tantôt le maire, tantôt le Duce, ou la madone, l’évêque, en somme toujours les autres » (Cf. Federico Fellini, in Positif, n°158). C’est cet « autre », qui éclate au grand jour lors du cérémonial fasciste ou du passage du Rex, que dénonce la rhétorique fellinienne, en mettant en valeur la dimension individuelle – les frasques de Titta – face au conformisme collectif, placée sous l'autorité ecclésiale, parentale et politique.

Aurélien Portelli, Il était une fois le cinéma

 

Projeté dans le cadre de

Du 20 Décembre 2017 au 9 Janvier 2018
Le Magicien
Nous ne présenterons pas Fellini (1920-1993), Federico de son prénom, sinon pour rappeler aux oublieux que venant du néoréalisme (il a travaillé sur Rome ville ouverte) il guida le cinéma italien vers des terres nouvelles, vers des formes inconnues avant lui.