Le Faucon Maltais
Sam Spade et Miles Archer dirigent une agence de police privée. Miles est assassiné au cours d’une enquête et Sam commence à soupçonner Brigid O’Shaughnessy qui était à I’origine de celle-ci…
Critique
Avec ce polar exemplaire, John Huston faisait une entrée triomphale dans le métier. II était scénariste, il devient réalisateur de première grandeur. Illustrant fidèlement un roman de I’excellent Dashiell Hammett (lui-même ex-privé), il a contribué à imprimer un nouveau style au cinéma policier, le film «noir», moins fondé sur la surprise qui est au bout de I’enquête que sur la description des comportements. Sam Spade est un bon professionnel. II fréquente la pègre plus ou moins dorée mais conserve son intégrité morale. C’est un blasé actif. Humphrey Bogart a fait merveille dans ce rôle qui est au départ de sa propre légende, celle d’un homme courageux, obstiné, intelligent, voire machiavélique, mais, au fond, incorrigiblement vertueux. Rien de ce qui est humain ne I’indiffère, même s’il sait que la nature humaine est faible. John Huston s’est fait une spécialité de ce type de personnage attiré par l’action plus que par la récompense qui est au bout de l’action. On a dit que le héros «hustonien» était voué à l’échec. C’est vrai. Ses films sont pessimistes, mais pas désespérés. Le style est sobre, sec, percutant. L’image est toujours artistement composée, dans les tonalités propres aux films noirs : un expressionnisme du plus bel effet plastique. La nuit est noire, les lumières frisantes donnent du relief aux personnes et aux objets. Le tempo est rapide, le rythme haletant. Le Faucon maltais est l’admirable prototype d’un genre devenu classique. II est taillé dans «l’étoffe dont sont faits les rêves». Une magnifique statuette de faucon, d'une valeur inestimable, excite bien des convoitises. Le détective Sam Spade (Humphrey Bogart) se lance à sa recherche sur la demande ambiguë d'une mystérieuse et séduisante cliente. Sans se douter qu'il plonge au coeur d'un bien étrange imbroglio... Avec cette adaptation du roman de Dashiell Hammett, John Huston, jusqu'alors scénariste, fait ses premiers pas foudroyants en tant que réalisateur. A une intrigue intelligemment fidèle, il appose un style percutant, un tempo haletant et l'esthétisme de son expressionnisme. Sous sa direction et par son étourdissante composition d'un privé intègre et caustique, Bogart accède au statut de star. Cinq ans avant Le grand sommeil de Howard Hawks, un autre chef d'oeuvre du film noir, Bogart, sanglé dans un trench-coat, cigarette aux lèvres, va symboliser à tout jamais le privé cher aux lecteurs de romans policiers. C'est pour les deux hommes les débuts de deux carrières de légende. Tandis que, grâce à eux, le film noir acquiert ses lettres de noblesse. Un film novateur désormais élevé au rang de classique. Dans ce film, on retrouve l'humour sarcastique de l'auteur, notamment par la découverte finale qui témoigne de la vanité de ce genre d'entreprise. Tous les éléments du film noir sont là : dialogues incisifs, style sans fioriture, une vision de la société régie par le sexe et l'argent et un univers sombre et souvent nocturne. Un chef-d'oeuvre du film noir à ne manquer sous aucun prétexte !

