Le Silence de Lorna

Jean-Pierre et Luc Dardenne - Belgique - 2008 - vofr - 105' - Couleurs - 35mm

Pour devenir propriétaire d'un snack avec son amoureux Sokol, Lorna, jeune femme albanaise vivant en Belgique, est devenue la complice de la machination de Fabio, un homme du milieu. Fabio lui a organisé un faux mariage avec Claudy pour qu'elle obtienne la nationalité belge et épouse ensuite un mafieux russe prêt à payer beaucoup pour devenir belge. Pour que ce deuxième mariage se fasse rapidement, Fabio a prévu de tuer Claudy. Lorna gardera-t-elle le silence ?

Critique

Après leurs deux Palmes d'or (pour Rosetta et L'Enfant), les frères Dardenne maintenaient le cap avec un suspense moral de haute volée autour d'une immigrée clandestine albanaise prise au piège de ses calculs (mariages blancs en chaîne) et, surtout, de la mafia de Liège. Mais les précédents films des cinéastes suivaient tous un même schéma rédempteur : leurs héros avaient la possibilité de remonter d'un abîme d'abjection morale où ils avaient d'eux-mêmes plongé, poussés par leur situation sociale. Leur trajectoire était nette.

Le Silence de Lorna bascule, lui, dans l'inconnu et l'imprévisible à la faveur d'une ellipse foudroyante et des dégâts irréparables qu'elle entraîne - en drogué supplicié, cherchant un peu de sollicitude et d'affection derrière le système le plus déshumanisé, Jérémie Renier est bouleversant. L'obsession des Dardenne a un jour été formulée ainsi par Luc, l'un des deux frères : montrer comment l'être humain ressent, à un moment donné, le besoin d'un lien avec l'autre qui ne soit pas de l'ordre de l'utilisation. La question est plus brûlante que jamais, appliquée à l'immigration coûte que coûte, sur fond d'inégalités sociales vertigineuses, de concurrence effrénée entre les individus. Mais cette fois, au bout d'un suspense haletant, avec truands et trafics nauséeux, le malaise et l'hébétude prévalent. Dans ce nouvel état des lieux du monde, même la rédemption n'est plus ce qu'elle était.

Louis Guichard, Télérama

Projeté dans le cadre de

Du 10 Janvier 2018 au 18 Janvier 2018
Un double souffle
Faire des films à deux quand on est frères ça arrive (aux frères Coen, aux Washowsky, qui sont maintenant deux soeurs) mais pas souvent. En 1996 La Promesse est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et c'est le vrai début de la carrière de Jean-Pierre et Luc Dardenne.