la colère d'un homme patient

Raúl Arévalo - Espagne - 2016 - vost - 92' - Couleurs - Numérique

Huit ans après le meurtre de sa femme lors d'un braquage, un homme retrouve l'un des coupables à sa sortie de prison. Il lui ordonne de dénoncer ses complices pour les traquer et les éliminer...

Critique

Sous les apparences d’un petit western lo-fi, l’histoire d’une vengeance absurde au grand souffle existentiel.

Un inconnu revient venger la mort d’un être aimé avec pour objectif de liquider ses bourreaux. Ce scénario, on en a vu des dizaines de déclinaisons, mais qu’est-ce qui fait que le premier long métrage d’un jeune inconnu, tricoté avec presque rien, supporte la comparaison avec quelques maîtres-étalons du genre ? Après avoir raflé quatre Goya (l’équivalent de nos César) en Espagne, voici Raoúl Arévalo lancé à la conquête du public français, déjà adoubé par un prix du jury et un prix de la critique au Festival international du film policier de Beaune.

La Colère d’un homme patient raconte la traque acharnée d’anciens braqueurs par l’homme dont ils ont jadis défiguré et tué la petite amie. Le film commence alors que l’un d’entre eux (Luis Callejo, à l’affiche également de L’Homme aux mille visages d’Alberto Rodríguez) sort de prison. Pour l’approcher, notre Némésis barbu (Antonio de la Torre, acteur marmoréen) séduit sa fiancée et la garde en otage dans une maison de bord de mer. Débute alors un périple chahuté entre ce chasseur et son guide à travers l’Espagne.

Deep Espagne

Tourné en 16 mm, La Colère d’un homme patient frappe et séduit d’emblée par son économie de moyens, un dépouillement rugueux et une image sale qui participent de l’âpreté du récit tout en assumant à fond son esthétique de série B. Arévalo traque la deep Espagne, ses plaines et son climat poisseux, ses férias, ses motels déserts et ses ranches, les posant en toile de fond d’un western justicier montré sous un jour vain et absurde par la mise en scène.

Le cinéaste de 37 ans met en cause la loi du talion à l’origine de ces représailles : le fameux “œil pour œil, dent pour dent” est constamment fragilisé par les doutes du héros confronté au déclin de sa colère. Les obstacles à sa haine tiennent autant à l’érosion du souvenir (qu’il tente de combattre en se repassant le meurtre de sa petite amie enregistré par une caméra de télésurveillance) qu’à la reconversion des agresseurs en braves pères de famille. Comment les haïr ? Faut-il les tuer ?

L'oubli impitoyable

Plus impitoyable que la vengeance, il y a l’oubli. Celui à l’œuvre chez ce triste prédateur réduit fatalement son passage à l’acte à un geste différé et mécanique, cérébral et désincarné – vidé de tout affect et n’apportant pas le repos intérieur escompté.

Le film ordonne ainsi une ahurissante escalade de séquences punitives. Dévoyées de leurs enjeux habituels, d’une fureur dilatée, atroce et bizarre, elles rappellent la violence surréaliste accolée à certains grands noms (les Coen, Peckinpah), mais contenue (et c’est aussi à cela que tient son charme) dans un thriller brut et sans prétention.

Emily Barnett, Les Inrockuptibles

Projeté dans le cadre de

19 Octobre 2017
Tarde para la Ira
Projection de Tarde para la ira de Raùl Arévalo, qui a reçu le Goya du meilleur film et le Goya du meilleur réalisateur lors de la 31e cérémonie des Goyas.Un homme attend huit ans pour se venger d'un crime que tout le monde a oublié.