La Vallée du sel

Christophe M. Saber - Suisse - 2015 - vost - 62' - Couleurs - Numérique

Le réalisateur, Christophe Magdy Saber, retourne chez lui au Caire pour la première fois depuis la révolution de 2012. A travers sa famille, il décrit la situation des minorités au Moyen-Orient. Ses parents – Anne-Lise et Magdy Saber, un couple en lien avec la FREE – mènent un combat quotidien pour tenter d'améliorer le sort des chrétiens d'Egypte.

Critique

La vallée du sel, un premier film personnel et cathartique

Le premier long-métrage de Christophe M. Saber nous transporte au cœur du chaos politique qui a secoué l’Égypte au début de la révolution. De retour pour la première fois à sa terre natale depuis son départ, six mois plus tôt, pour la Suisse, Christophe M. Saber découvre une nouvelle ville du Caire, hostile sur plusieurs aspects et loin, très loin, de ce qu’il a connu étant enfant: ‘’c’est une ville que je reconnais, mais je me rends compte qu’elle a changé de parfum’’, dit-il dans le film. En outre, à la veille de son départ pour l’Égypte, ses parents lui annoncent qu’ils sont menacés de mort depuis quelque temps en raison de leurs activités au sein de la communauté catholique (et notamment à cause des conversions forcées présumées dans le centre qu’ils ont construit dans la vallée du sel). C’est dans ce climat que le réalisateur a filmé pendant deux semaines, ses parents qui mettent à l’épreuve leur foi pour se donner le courage d’avancer et de revendiquer leur place dans un pays aux pieds d’argile. Incapable de faire preuve de la même ferveur religieuse que ses parents, Christophe M. Saber transforme la caméra en arme pour affronter sa peur, pour exprimer ce que les mots sont incapables d’exprimer. L’objectif de la caméra l’aide à se donner l’illusion que ce qu’il voit, ce qu’il vit, n’est pas qu’une fiction, une histoire malléable dont la fin est encore à écrire. Cette distance créée par rapport à la fiction, au filtre cinématographique, est la même qui a permis au réalisateur, comme il l’admet lui-même, de terminer (en particulier en phase de montage) un film si intime et personnel qui risque de lui échapper des mains.

Créé sans véritable objectif sinon celui de capturer ce qui aurait pu être les dernières images de ses parents, La vallée du sel se transforme doucement en un besoin de dénoncer une situation intolérable et injuste avec lucidité, mais aussi avec des moments d’humour et de sainteté inattendus. La voix hors champ du réalisateur s’adresse directement à ses parents, leur posant des questions qu’il n’a pas eu le courage de formuler, mais auxquelles la caméra tente de répondre : par l’intermédiaire de plans rapprochés sur une main qui ne peut s’empêcher de trembler, discrètement, ou sur un visage partagé entre l’espoir et la peur. La voix de Christophe M. Saber invite le spectateur à entrer dans son esprit, dans ce dédale de réflexions qui l’habite, pour partager avec lui une situation pour le moins anxiogène. Son point de vue nous accompagne durant tout le film, créant ainsi une tension presque insupportable comme si nous regardions un thriller en souhaitant de toutes nos forces y voir une fin heureuse. La vallée du sel est un magnifique portrait d’un couple qui semble venir d’un autre temps, un temps où les convictions valaient plus que la vie. Incroyable et cathartique.

Giorgia Del Don, Cineuropa

Projeté dans le cadre de

16 Octobre 2017
Séance unique en présence du réalisateur Christophe M. Saber
Au plus fort du chaos politique qui secoue l’Egypte, un jeune cinéaste retourne chez lui, au Caire, pour la première fois depuis le début de la révolution. A la veille de son départ, ses parents l’informent qu’ils reçoivent depuis quelques temps des menaces de mort en ra