Fortunata

Sergio Castellitto - Italie - 2017 - vost - 103' - Couleurs - Numérique

Fortunata a une vie tourmentée, une fille de huit ans et un mariage raté derrière elle. Elle est coiffeuse à domicile, vit en banlieue, traverse la ville, entre dans les appartements bourgeois et colore les cheveux des femmes. Fortunata se bat tous les jours avec une détermination farouche pour réaliser son rêve : ouvrir un salon de coiffure et prendre en main son destin, conquérir son indépendance et son droit au bonheur. Fortunata sait que pour aller au bout de ses rêves, il faut de la persévérance : elle a pensé à tout, elle est prête à tout, mais elle n’a pas pris en compte la variable de l’amour, la seule force perturbatrice capable de faire vaciller toutes ses certitudes. Aussi parce que, pour la première fois peut-être, quelqu’un la regarde telle qu’elle est et l’aime vraiment.

Critique

Cannes 2017 – “Fortunata”, portrait solaire d’une Antigone moderne

Son prénom signifie « chanceuse ». Pourtant, Fortunata n’a pas une vie facile : coiffeuse à domicile dans la banlieue de Rome, cette beauté un brin vulgaire court partout, avec sa mini-jupe et ses talons hauts, pour accumuler de quoi ouvrir le salon de ses rêves, laissant sa fille de huit ans grandir comme une herbe folle. Elle résiste tant bien que mal au père de la gamine (Edoardo Pesce, impressionnant) qui refuse violemment le divorce. Elle tient aussi à bout de bras un ami, un frère, tatoueur et égratigné par la vie. Un jour, Fortunata rencontre un homme bien (Stefano Accorsi, magnifique). Mais même en Italie, les miracles n’existent pas pour les femmes qui doivent trouver seules leur bonne étoile…

 

Renversante Jasmine Trinca

L’acteur Sergio Castellitto, passé depuis des années à la réalisation, réussit son plus beau film : un mélo solaire qui oscille entre comédie et drame à l’italienne avec de vrais motifs de tragédie antique – incarnés par Hanna Schygulla en vieille actrice de… tragédie. Dans la Rome périphérique où les petites gens ont maintenant des Chinois pour voisins (comme le montre la séquence d’ouverture du film, merveilleusement insolite), le cinéaste ne quitte pas d’une semelle d’escarpins son héroïne cernée par trois hommes.

Osant des moments de grandiloquence parce que le petit peuple italien le vaut bien, sa mise en scène colle à la détermination farouche de cette jeune et si sensuelle « mamma Roma » aux cheveux bonds décolorés. Dans le rôle, Jasmine Trinca est renversante, évoquant à la fois la Sophia Loren des films de Mauro Bolognini ou Ettore Scola et la Gena Rowlands d’Une femme sous influence de Cassavetes. A travers elle, Castellitto rend au mot « fortune » son joli sens premier : non pas l’argent, mais cette chance qu’il faut arracher avec les dents si, au grand loto de la vie, le destin vous a oublié. Le Rimmel de Fortunata coule toujours un peu ? Ce n’est (presque) jamais à cause des larmes, mais à cause de la sueur du labeur. Fortunata est une réelle et vibrante célébration populaire de l’émancipation féminine. 

Guillemette Odicino, Télérama

Projeté dans le cadre de

Du 6 Octobre 2017 au 8 Octobre 2017
Le meilleur du cinéma italien
Cela fait au moins dix ans que le cinéma italien nous prouve qu’il a repris du muscle. Ne lui manquent plus que des salles en Italie pour le prouver définitivement.