APRÈS LA GUERRE

Annarita Zambrano - France - 2017 - vost - 92' - Couleurs - Numérique

Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. 

Marco, ex-militant d'extrême gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l'attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. 
Obligé de prendre la fuite avec Viola sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées.

Critique

La cinéaste Franco-Italienne impressionne par son sens de la mise en scène.

L’existence d’Annarita, née à Rome et vivant en France depuis vingt ans, est à l’image de son film, Dopo la Guerra, histoire tragique entre deux pays, deux générations et deux familles italienne et française. En effet, après la guerre, c’est encore la guerre. Il ne suffit pas pour ceux, dissociés, repentis, prisonniers ou exilés, tous actifs dans divers mouvements proches des Brigades rouges, de s’être pour la plupart mariés, d’avoir eu des enfants pour que leur vie continue calme et tranquille. Il suffit de se souvenir du cas de Cesare Battisti, membre des PAC (Prolétaires armés pour le communisme), exilé en France en bénéficiant de la « doctrine Mitterrand » puis menacé d’extradition, alors qu’il était devenu un écrivain reconnu, en 2004 sous la présidence de Chirac et toujours réfugié au Brésil. Née en 1972, Annarita est issue de cette guerre et revisite son histoire d’enfance vécue alors dans le terrorisme quotidien, posant la question d’une justice appliquée entre deux pays, l’Italie et la France, dont les lois n’ont pas le même esprit. Ce qui est considéré comme terrorisme dans l’un est jugé dans un contexte de guerre civile dans l’autre. À partir du meurtre du juge Marco Biagi en 2002, dont Annarita s’est inspirée, elle fait œuvre politique et philosophique sur la prédestination tragique des enfants à payer pour leurs pères, issus souvent d’une classe bourgeoise et écrasante de passivité. L’Enfer de Dante n’est jamais loin. La mise en scène grandiose d’Annarita Zambrano renoue avec la grande tradition du cinéma politique italien façon Elio Petri.

Michèle Levieux, L’Humanité

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Je suis née en Italie en 1972, mais je vis en France depuis presque 20 ans. J’ai toujours été passionnée par le cinéma. J’ai écrit une thèse à Rome, intitulée Arti e politiche degli autori qui portait sur François Truffaut. J’étais admiratrice de ses films et de ses critiques cinématographiques. A un certain moment, mon professeur, le critique italien de renom Lino Miccichè, m’a dit que je devrais poursuivre mes études en France et obtenir un doctorat là-bas.

Par la suite, j’ai commencé à enseigner l’esthétique cinématographique. En 2006, j’ai dirigé mon premier long-métrage. J’étais terrifiée au premier ‘clac’: je pensais ne rien connaître à la technique, même si je connaissais par cœur toutes les scènes d’Antonioni et de Visconti.

Avec Après la guerre, je voulais réaliser un film qui traite de mes deux pays, l’Italie et la France. Je voulais que l’histoire porte sur les deux nations, politiquement et moralement. J’ai un rapport très personnel à l’histoire que j’ai choisi de raconter. (…)

Entretien avec Annarita Zambrano, Dossier de presse