The Transfiguration

Michael O'Shea - Etats-Unis - 2016 - vost - 97 min. - Couleurs

Queens, New York. Milo a 14 ans. Orphelin, son seul refuge est l'appartement qu'il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires. L'arrivée d'une nouvelle voisine fera naître en lui des sentiments inédits...

Critique

Présenté au dernier festival de Cannes dans la catégorie "Un certain regard", Transfiguration, premier long métrage signé Michael O’Shea, également scénariste, se positionne comme un film de vampire qui n’en est finalement pas vraiment un. Pour faire clair, on y suit Milo (Eric Ruffin), 14 ans, obsédé par le mythe du vampire au point de se prendre lui-même pour un suceur de sang. Cet écorché vif introverti passe ses journées à ingurgiter vidéos déviantes et VHS vampiriques seul dans sa chambre. En proie à d’insondables états d’âmes, hanté par la mort de sa mère, le jeune garçon orphelin devient la proie d’un monde torturé. Souffre douleur des gangs du Queens, il peine à trouver sa place et se présente au spectateur comme une âme en peine à la fois complexe et touchante. Le film pose avec doigté ses problématiques identitaires, se voyant traversé par une étrange atmosphère mélancolique qui va devenir peu à peu hautement envoûtante.
Transfiguration, c’est aussi un fort bel objet cinématographique alimenté par un vrai sens du cadre aux choix de mise en scène qui n’auront de cesse d’irradier l’écran par une photographie lugubre à souhait. Ici, le fond reste grave et les regards en disent long sur le degré de souffrance intérieur. La progression dramatique contribue à maintenir une étrange tension investie par quelque chose de mortifère, mais en même temps, de très poétique. Le regard qu’apporte Michael O’Shea à son histoire est un regard douloureux, compassionnel, où l’innocence cohabite avec la mort. À travers Milo s’oppose une quête intérieure aux tonalités mélodramatiques, déstabilisée par l’apparition de sentiments amoureux qui coïncident avec l’arrivée d’une nouvelle voisine jouée par Chloe Levine. Au coeur même du récit, l’équilibre se montre ainsi parfaitement dosé. Qu’il s’agisse du drame, de l’horreur ou de la romance, aucun genre ne réussit à parasiter l’autre. En revisitant l’imagerie du vampire contemporain avec un angle d’approche très différent, Michael O’Shea impressionne par tant d’assurance et de rigueur. Alors si comme le personnage de Milo, vous préférez Morse à Twilight, et bien n’hésitez pas un seul instant pour découvrir ce concentré de douleur existentiel qui impose fascination.

Pierre Vedral, À voir À Lire