A History of Violence

David Cronenberg - Etats-Unis - 2005 - vost - 96' - Couleurs

Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l'existence est dorénavant connue du grand public...

Critique

Que fait le cinéaste canadien David Cronenberg lorsqu'il abandonne les appareils à transformer les hommes en mouche, les jeux vidéo branchés sur le système nerveux des protagonistes, la libido chauffée à blanc sur de la tôle froissée et autres joyeusetés qui lui valent la réputation méritée d'un grand cinéaste de genre ? La réponse est simple, elle tient en un mot dont on se garde d'abuser dans ces colonnes : un chef-d'oeuvre. A History of Violence est un chef-d'oeuvre qui n'en élève pas moins Cronenberg à une hauteur que peu de ses confrères parviennent à atteindre. Un chef-d'oeuvre enfin tel que les cinéphiles et le plus large public les apprécient, en vertu de l'empreinte industrielle du projet (un film de commande adapté de la bande dessinée éponyme de John Wagner et Vince Locke), de la simplicité du propos (une histoire rectiligne, hyper-efficace, qui file droit comme une flèche au coeur de la cible), et du genre auquel il appartient (un pur thriller). Tout le génie du cinéaste consiste évidemment à respecter l'apparence de ces définitions pour mieux les atomiser de l'intérieur. D'une certaine manière, A History of Violence est tout entier construit sur cette duplicité, oeuvrant sans répit dans l'insondable interstice qui sépare l'apparence de la réalité.

Servi par un scénario retors, une mise en scène tirée au cordeau et des acteurs exceptionnels, A History of Violence se révèle être un film d'une plus grande complexité qu'il n'y paraît. Moins un thriller qu'un film dont le réalisme même confine au fantastique, et dans lequel Cronenberg aura finalement réussi à recycler ses motifs de prédilection (le double, l'inconscient, la mutation, les limites de l'humanité...). Un film qui se développe aussi, sans perdre une once de cohérence, sur plusieurs strates à la fois. Celle de l'intrigue romanesque, qui implique des personnages ordinaires en proie à une tragédie qui les révèle à leur véritable nature. Celle d'une allégorie de l'Amérique néoconservatrice et néocalviniste qui culmine dans le massacre final et la régénération schizoïde du héros par immersion baptismale dans un bassin. Celle enfin d'une philosophie du mal défini comme principe fondateur de l'humanité, qui se propagerait sur un scénario de contagion (les deux ordures originelles, l'accouplement haineux du mari et de la femme, l'accolade sanglante du père et du fils, le baiser meurtrier entre frères...). Cela suffit à faire de A History of Violence le plus virulent virus artistique introduit depuis longtemps dans le système du cinéma anglo-saxon.

Jacques Mandelbaum, Le Monde

Projeté dans le cadre de

Du 1 février 2016 au 23 février 2016
Le cinéaste du paranormal
Ce Canadien né en mars 1943, est entré dans le cinéma à la fin des années 60 par le biais de l’avant garde. En 1975, il change de style, réalise Shivers (Frissons) et devient immédiatement un cinéaste culte pour les amateurs du cinéma fantastique et d’horreur.